lundi 25 janvier 2021

Il y a dix ans ... Reine Pajot-Védry (1924 - 2011)

C'était en janvier 2011. Il y a donc dix ans que ma mère, Reine, s'est éteinte.

Certains de mes amis me font la faveur de reconnaître à mes travaux quelques qualités, notamment concernant mes dessins. Je n'ai aucun mérite ; c'est à ma mère que je dois ce "don", cette facilité.

Mon premier souvenir de très jeune enfant, mon souvenir le plus lointain, est la silhouette d'un arbre dessinée par mes soins sous les yeux de ma mère. Elle devait avoir 23 ou 24 ans, j'en avais 2 ou 3.

Je n'ai jamais eu la chance de profiter d'un enseignement quel qu'il soit, mais j'ai toujours cultivé, sans effort, ce don inné du plaisir de dessiner. J'ai donc toujours dessiné, longtemps en amateur, et ce mode d'expression reste, aujourd'hui, celui qui me convient le mieux.

Les aléas de la vie n'ont pas permis à Maman de profiter pleinement de ses propres capacités artistiques, pourtant la Société des Beaux-Arts du Périgord a présenté quelques unes de ses terres cuites en 2003 puis de lors de son  80e Salon Biennal en 2011. 

Une page du catalogue lui était consacrée …









mardi 22 septembre 2020

Le masque adhère à mon visage

...


Le masque adhère à mon visage

Au point que je ne sais plus qui est qui

De l’armure ou de l’épiderme 

...

Extrait du poème "La Mort de Don Quichotte"
de Michel Lagrange
 

 

samedi 19 septembre 2020

J'ai été un homme impossible ...

 Un texte de Michel Lagrange

 


 

LA MORT DE DON QUICHOTTE

 

Mourir

Le dernier grand écart

La fin de mes commencements

La porte dérobée

La salle enfin déserte

Et ma nudité qui revient vers moi

Après les parodies faussaires

 

Je ne sais plus dans quelle vie je me suis fourvoyé

Selon des ricochets qui ne m’appartenaient qu’à peine

 

J’ai suivi des chemins qui avaient le bonheur

De ne pas exister

 

J’ai vécu erratique et pour des quiproquos

De carnaval sans joie

 

À contre-courant j’ai vécu

Le deuil de mes naïvetés

 

Je n’ai été qu’un palimpseste

Imprimant des textes menteurs

Pour la vérité de ma déraison

 

J’ai converti des professions de foi

En lumière intérieure

 

Le masque adhère à mon visage

Au point que je ne sais plus qui est qui

De l’armure ou de l’épiderme

 

La vérité n’est qu’une erreur qui a sauvé sa peau

 

Il y a peu du délire à la sainteté

De l’abnégation au désordre

Et de l’aveuglement à la lucidité suprême

 

Regarder l’univers comme il est

C’est mourir

 

La vérité de mes erreurs a sculpté mon visage

Et modifié le monde

 

J’ai été un homme impossible

Et je me suis construit dérisoire et tragique

Un autre étrangement moi-même

 

J’ai été le lierre amarré au mur

Où il défend sa verticalité

Contre les pesanteurs rampantes

 

Absolu serviteur

Chevalier de ma Dulcinée

J’ai mis l’Amour en lettres d’or

Pour inventer de la Lumière

 

Mon Absolu

A eu le tort de ne pas exister

Autant que ma ferveur

Dévote et sans malice

 

Héros de carton-pâte

Et bienheureux parmi les saints du ciel

Je n’ai jamais menti-truqué

 

Sans savoir je comblais des manques

Et rejetais la pauvreté des choses

 

J’ai constamment payé de ma personne

Et me suis agrandi

Jusqu’à l’esprit d’enfance

 

À la fin de ma vie je défais sans regret

Le destin de ma démesure

 

Toute ma vie j’ai cru ma vie

J’aurai toute ma mort pour conquérir

Cette simplicité native

Et désertée dès mon adolescence

 

Mourir réunifie mes courants divagants

J’y gagne une simplicité paisible

Aux dépens des ciels du Greco

 

Mourir me résume à ce corps usé

D’avoir battu le monde en brèche

Et donné tort aux malveillants

 

Voici le coup de grâce

Au nom de cette absurdité

D’un Amour sans limite

En train de s’évader du temps

Pour mériter le ciel

 

Obsédé de la perfection

Je laisse au vent mon œuvre éparse

 

Elle est poussière et prend son vol

Délirant par monts et par vaux

À la façon d’un post-scriptum

 

Je ne mourrai pas tout entier 

                                            

                                     Michel Lagrange février 2020

 

Don Quichotte - La Fin du rêve
Technique mixte sur toile
Collection Musée d’Amberg (Allemagne)

 

 

vendredi 4 septembre 2020

BIM’ART, nouvelle saison …

La saison 2020-2021 des expositions proposées par la commune de Boulazac Isle Manoire dans les salles de sa galerie municipale BIM’ART va ouvrir le 12 septembre par le vernissage des peintures de Sylvain DHUEME.
Le programme de cette quatrième saison peut être consulté ou téléchargé sur la page BIM’ART du site de la Ville.
La saison précédente, qui devait être close en juin par une exposition PAJOT, a été interrompue au printemps par les contraintes sanitaires. Espérons que ce nouveau programme pourra être tenu jusqu’en juin 2021, jusqu'à l’expo PAJOT reconduite.


 


vendredi 10 avril 2020

Un cheval fou déchire un horizon


Un poème de Michel Lagrange 



L’HIDALGO

Celui qui dans l’éventail des hennissements
N’entend vibrer que des chevaux
Réduit son envergure
À des sentiers battus d’avance
Et prosaïques


Autant de visions que d’échappées belles


Ma Rossinante a plus d’instincts
Que de raison
Elle galope et reçoit les renforts
De chevaux cabrés scabreux de légende
Issus vivants de l’imagination
De l’océan et du vide aérien


Marée montante aux crins d’écume
Et aux sabots griffus palmés


Extravagants
Chevaux du vent roulant mes fantasmagories


La vérité de mon délire
Est le consentement de la terre et du ciel
Pour les obsessions de mon envergure


Si je suis le cavalier nu
C’est pour être au cœur du voyage
Au plus poreux de mon identité
Et recevoir l’accord des oraisons du vent


Une femme nue s’évapore
Et me répond
Depuis le ventre des chevaux

Incarnation de pensées revenant
De mon enfance inaltérée
Laquelle aura le dernier mot


Ultrasons de mémoire
Autant de palimpsestes
Issus obliquement de mes nuits mémorielles


En fonction de ma destinée
L’alchimie d’un mirage en vue
M’oblige à me porter
À la hauteur d’un monstre exubérant


Dans la gueule du loup
Les fruits de mes nuits sont payants
Comme en haut d’un mât de cocagne


Une porte égueulée
M’affronte
Infernale et foraine


Une gigantesque armada
Tourne casaque aux vents mauvais
Et porte au ciel ses bras déments


Écho de mes regards mortels
Squelettique un œil échassier
Est aux aguets


Ce sont des ennemis que je connais par cœur
Et que je nourris de mon sang
Pour en gagner mes lettres de noblesse
Et mes galons dorés sur tranche


Ivresse et profession de foi
Ne vont pas de concert
Je vois ce que je crois
Au-dessus de l’abîme


Hurlant son innocence
Aux accents d’ex-voto
Criés par la fenêtre des vaincus
Un cheval fou déchire un horizon
Comme une apparition du voilier d’un naufrage


De la cavalerie marine à ce cheval
Cloué vivant sur un ciel sans échos
C’est ma vie que je vois passer
Comme avant de mourir


Toute une symphonie de tourbillons sonores
Avoue l’Apocalypse en cours


L’arbre nu de ma nudité
M’a défolié de ma pudeur


Poète affabulant c’est ma version
Vue par les yeux d’un enfant de quatre ans
Qui traduit ce mirage en vérité première


Je n’obéis qu’à ma logique interne
Et vierge autant que primitive


De ses cris d’ultrasons
L’ennemi me crève les yeux
Et sa laideur me perce les tympans


Quand le Mal me condamne
Au seuil brûlant de son délire
À l’Infini je suis tenu


Je vois ma renommée briller dans un soleil d’automne
Et je sème au galop le vaccin de ma déraison


Dans ma vocation d’Absolu
Je suis un erratique un ascète hidalgo
Mon sang est couleur d’encre noire
Et de haute volée


Le temps m’égare en chemins de traverse
Et la vie alentour me parle en fruits venus
De généalogies subtiles


Je suis le voyageur sacré d’une écriture
Exclue de la pensée courante


En ce grand livre ouvert
Par l’épidémie de ce Mal
La raison n’y voit que grisaille
Et trompe-l’œil
Comme sur un triptyque hermétiquement clos


C’est moi qui remets le monde en couleurs
Contre vents et marées profanes
À cœur ouvert à corps perdu


Cadavres des moulins à vent
Désillusions


En finir avec le combat
Me tue


Quand je ralentis je m’enfonce
Au point que je n’existe plus
Que pour un combat nouveau-né


Je connais les revers de ce qui me dépasse
Ils amplifient le circuit de mon sang
Et le haut-relief de ma raison d’être


Je fais du Mal qui me taraude
Une œuvre d’art


Cavalier Chevalier Seigneur des apparences
Au-delà du danger
Je mets à jour mon corps de gloire
Et suis le Messager de la Bonne Nouvelle


Sous le dernier sabot du dernier cheval-destinée
C’est ma folle raison qui combat la folie
Des humains raisonnables

Dans un espace illustre et inconnu
Et dans un temps pyramidal
Ma mort sera l’apothéose


Un vol d’oiseaux
Triangulaire
Arrive à point nommé
Pour élever mon âme
Au-delà de ma vie


Le Mal universel succombe


Je vais dormir en liberté
Dans les ronciers de mon génie



                                     Michel Lagrange février 2020

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Un Don Quichotte sculpté par Pierre Mouzat avait inspiré à Michel Lagrange un beau poème que j’ai relu il y a peu. J’étais un peu jaloux… Le poète l'a su. Il s’est donc penché sur mon Quichotte à moi en proie aux Sortilèges sur la Mancha.
Cet Hidalgo inspiré d'une peinture n'est pas un texte didactique ou critique, ce n’est pas un commentaire de plus relatif au triptyque peint en 2015, mais une création parallèle pleine et entière. 

Si je suis tenté d’écrire le mot "illustration" c’est par goût du paradoxe et parce qu’il me plait d’inverser ici la proposition habituelle qui veut que les oeuvres des écrivains soient illustrées par des oeuvres de dessinateurs, peintres ou photographes.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Michel_Lagrange_(po%C3%A8te)

Voir plus de détails du triptyque


Les Sortilèges sur la Mancha   Technique mixte  Triptyque 146 x 301 cm

lundi 20 janvier 2020

A propos de "L'Imposture dans l'Art" !

Je n'aurais pas cru devoir exhumer cette histoire ridicule...

 


Je ne suis généralement pas dupe des textes angéliques qui décrivent les artistes comme des êtres hors du commun, animés des sentiments et des intentions les plus nobles, toujours prêts au sacrifice pour rester fidèle à leur vocation et résister à toute concession. 
"... L'artiste, né de la lune et du soleil, du voyage et de la pensée, …  etc... etc..."
Je crains qu’il y ait parmi les gens considérés comme artistes autant de bons et de méchants, autant de modestes et d’imbus, autant d’honnêtes et d’imposteurs que dans l’ensemble de notre société. Il y a des artistes que rien n’arrête, prêts à marcher sur n’importe qui, et il y a aussi des naïfs.
Je ne sais pas si je suis un artiste (je n’utilise le terme que pour définir ma situation professionnelle au regard de l’URSSAF et des services fiscaux) mais il ne fait pas de doute que je suis naïf.
J’ai découvert en juin 2019 que les oeuvres récentes d’un célèbre peintre auvergnat étaient présentées par une célèbre galerie clermontoise (Christiane Vallé) dans le célèbre Château de Parentignat. Voir
http://marcel-pajot.blogspot.com/…/propos-dun-eventuel-plag…

  Dès le vernissage, 20 des toiles exposées ont étaient reconnues pour être des plagiats très simplistes de certaines de mes peintures déjà anciennes. La plupart ont étaient immédiatement décrochées à la demande simultanée du propriétaire du château et de Mickaël Marciano, galeriste chez qui mes travaux sont présentés en exclusivité, place des Vosges.
Il a été convenu que le catalogue Casanova édité pour cette exposition «litigieuse» serait retiré de la vente et les exemplaires invendus détruits. Il a été convenu que les plagiats seraient détruits. J’ai donc été invité à cesser de faire allusion à cet incident dans les réseaux sociaux, incident présenté par la galerie Vallé impliquée « à son insu» (!?) comme simple accident de parcours dans la carrière d’un peintre qui aurait, un instant, perdu son libre arbitre emporté par le délire créatif. Quelques semaines bien plus tard le plagiaire lui-même me téléphonait pour me proposer une rencontre où nous aurions papoté gentiment !
Il semble donc que le plagiat ait été implicitement reconnu - entre soi - par le peintre et sa galerie mais à aucun moment le fait n’a été mentionné ou reconnu publiquement, par aucun des protagonistes. La presse locale (quotidien La Montagne) dûment informée a continué à distiller des communiqués élogieux sur JM et son expo …


Naïf et crédule, j’avais pourtant tourné la page, neutralisé les posts ironiques dont j’avais usé sur Facebook et, pensant que le peintre « accablé » ne méritait pas plus de reproche, je me suis désintéressé progressivement de ses activités.


IMAGINEZ donc ma surprise en trouvant par hasard la publicité dithyrambique faite autour de l’expo Moiras à Metz, exposition dont la pièce principale serait - devinez un peu ! - l’une des toiles décrochées de l'expo de Parentignat où l’artiste a placé deux (voire trois si l’on veut bien considérer le portrait casanovesque en fond) personnages directement pompés dans ma production.





Le Magicien, pièce maitresse

Certes, je ne suis pas seul à subir le préjudice, mais je suppose que Jérôme Bosch, lui, est au-dessus de ça, d’autant que Moiras, du moins dans le catalogue édité en juin 2019, accordait au maître flamand l’immense honneur de le citer, alors que l’ajout de mes trois personnages était évidemment le fruit du travail acharné et du talent du seul Jean Moiras. Moiras s’intéresse à ce que je fais mais je n’existe pas !


Je m’interroge maintenant sur l’utilité des rajouts de peinture qui ont été posés (après l’exposition à Parentignat et avant celle de la galerie Cridart à Metz) sur deux des personnages en cause. A quoi peut bien servir cette tentative de modification des silhouettes ? Le maquillage d’une œuvre issue d’un plagiat peut-il suffire à masquer - et à exonérer - le forfait ?
L’œuvre de Jérôme Bosch s’intitule L’Escamoteur, la première version de la toile de Moiras, Le Magicien. La version exposée à Metz mériterait peut-être d’être reconnue sous le titre L’Imposteur, d’autant que Jean Moiras se dit lui-même spécialiste dans ce domaine lorsqu’il donne sa conférence intitulée L’Imposture dans l’Art.


Voir ici la genèse de cette histoire...

La toile de Jean Moiras "rectifiée" entre deux expositions.