Affichage des articles dont le libellé est Quijote. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Quijote. Afficher tous les articles

mardi 22 septembre 2020

Le masque adhère à mon visage

...


Le masque adhère à mon visage

Au point que je ne sais plus qui est qui

De l’armure ou de l’épiderme 

...

Extrait du poème "La Mort de Don Quichotte"
de Michel Lagrange
 

 

samedi 19 septembre 2020

J'ai été un homme impossible ...

 Un texte de Michel Lagrange

 


 

LA MORT DE DON QUICHOTTE

 

Mourir

Le dernier grand écart

La fin de mes commencements

La porte dérobée

La salle enfin déserte

Et ma nudité qui revient vers moi

Après les parodies faussaires

 

Je ne sais plus dans quelle vie je me suis fourvoyé

Selon des ricochets qui ne m’appartenaient qu’à peine

 

J’ai suivi des chemins qui avaient le bonheur

De ne pas exister

 

J’ai vécu erratique et pour des quiproquos

De carnaval sans joie

 

À contre-courant j’ai vécu

Le deuil de mes naïvetés

 

Je n’ai été qu’un palimpseste

Imprimant des textes menteurs

Pour la vérité de ma déraison

 

J’ai converti des professions de foi

En lumière intérieure

 

Le masque adhère à mon visage

Au point que je ne sais plus qui est qui

De l’armure ou de l’épiderme

 

La vérité n’est qu’une erreur qui a sauvé sa peau

 

Il y a peu du délire à la sainteté

De l’abnégation au désordre

Et de l’aveuglement à la lucidité suprême

 

Regarder l’univers comme il est

C’est mourir

 

La vérité de mes erreurs a sculpté mon visage

Et modifié le monde

 

J’ai été un homme impossible

Et je me suis construit dérisoire et tragique

Un autre étrangement moi-même

 

J’ai été le lierre amarré au mur

Où il défend sa verticalité

Contre les pesanteurs rampantes

 

Absolu serviteur

Chevalier de ma Dulcinée

J’ai mis l’Amour en lettres d’or

Pour inventer de la Lumière

 

Mon Absolu

A eu le tort de ne pas exister

Autant que ma ferveur

Dévote et sans malice

 

Héros de carton-pâte

Et bienheureux parmi les saints du ciel

Je n’ai jamais menti-truqué

 

Sans savoir je comblais des manques

Et rejetais la pauvreté des choses

 

J’ai constamment payé de ma personne

Et me suis agrandi

Jusqu’à l’esprit d’enfance

 

À la fin de ma vie je défais sans regret

Le destin de ma démesure

 

Toute ma vie j’ai cru ma vie

J’aurai toute ma mort pour conquérir

Cette simplicité native

Et désertée dès mon adolescence

 

Mourir réunifie mes courants divagants

J’y gagne une simplicité paisible

Aux dépens des ciels du Greco

 

Mourir me résume à ce corps usé

D’avoir battu le monde en brèche

Et donné tort aux malveillants

 

Voici le coup de grâce

Au nom de cette absurdité

D’un Amour sans limite

En train de s’évader du temps

Pour mériter le ciel

 

Obsédé de la perfection

Je laisse au vent mon œuvre éparse

 

Elle est poussière et prend son vol

Délirant par monts et par vaux

À la façon d’un post-scriptum

 

Je ne mourrai pas tout entier 

                                            

                                     Michel Lagrange février 2020

 

Don Quichotte - La Fin du rêve
Technique mixte sur toile
Collection Musée d’Amberg (Allemagne)

 

 

vendredi 10 avril 2020

Un cheval fou déchire un horizon


Un poème de Michel Lagrange 



L’HIDALGO

Celui qui dans l’éventail des hennissements
N’entend vibrer que des chevaux
Réduit son envergure
À des sentiers battus d’avance
Et prosaïques


Autant de visions que d’échappées belles


Ma Rossinante a plus d’instincts
Que de raison
Elle galope et reçoit les renforts
De chevaux cabrés scabreux de légende
Issus vivants de l’imagination
De l’océan et du vide aérien


Marée montante aux crins d’écume
Et aux sabots griffus palmés


Extravagants
Chevaux du vent roulant mes fantasmagories


La vérité de mon délire
Est le consentement de la terre et du ciel
Pour les obsessions de mon envergure


Si je suis le cavalier nu
C’est pour être au cœur du voyage
Au plus poreux de mon identité
Et recevoir l’accord des oraisons du vent


Une femme nue s’évapore
Et me répond
Depuis le ventre des chevaux

Incarnation de pensées revenant
De mon enfance inaltérée
Laquelle aura le dernier mot


Ultrasons de mémoire
Autant de palimpsestes
Issus obliquement de mes nuits mémorielles


En fonction de ma destinée
L’alchimie d’un mirage en vue
M’oblige à me porter
À la hauteur d’un monstre exubérant


Dans la gueule du loup
Les fruits de mes nuits sont payants
Comme en haut d’un mât de cocagne


Une porte égueulée
M’affronte
Infernale et foraine


Une gigantesque armada
Tourne casaque aux vents mauvais
Et porte au ciel ses bras déments


Écho de mes regards mortels
Squelettique un œil échassier
Est aux aguets


Ce sont des ennemis que je connais par cœur
Et que je nourris de mon sang
Pour en gagner mes lettres de noblesse
Et mes galons dorés sur tranche


Ivresse et profession de foi
Ne vont pas de concert
Je vois ce que je crois
Au-dessus de l’abîme


Hurlant son innocence
Aux accents d’ex-voto
Criés par la fenêtre des vaincus
Un cheval fou déchire un horizon
Comme une apparition du voilier d’un naufrage


De la cavalerie marine à ce cheval
Cloué vivant sur un ciel sans échos
C’est ma vie que je vois passer
Comme avant de mourir


Toute une symphonie de tourbillons sonores
Avoue l’Apocalypse en cours


L’arbre nu de ma nudité
M’a défolié de ma pudeur


Poète affabulant c’est ma version
Vue par les yeux d’un enfant de quatre ans
Qui traduit ce mirage en vérité première


Je n’obéis qu’à ma logique interne
Et vierge autant que primitive


De ses cris d’ultrasons
L’ennemi me crève les yeux
Et sa laideur me perce les tympans


Quand le Mal me condamne
Au seuil brûlant de son délire
À l’Infini je suis tenu


Je vois ma renommée briller dans un soleil d’automne
Et je sème au galop le vaccin de ma déraison


Dans ma vocation d’Absolu
Je suis un erratique un ascète hidalgo
Mon sang est couleur d’encre noire
Et de haute volée


Le temps m’égare en chemins de traverse
Et la vie alentour me parle en fruits venus
De généalogies subtiles


Je suis le voyageur sacré d’une écriture
Exclue de la pensée courante


En ce grand livre ouvert
Par l’épidémie de ce Mal
La raison n’y voit que grisaille
Et trompe-l’œil
Comme sur un triptyque hermétiquement clos


C’est moi qui remets le monde en couleurs
Contre vents et marées profanes
À cœur ouvert à corps perdu


Cadavres des moulins à vent
Désillusions


En finir avec le combat
Me tue


Quand je ralentis je m’enfonce
Au point que je n’existe plus
Que pour un combat nouveau-né


Je connais les revers de ce qui me dépasse
Ils amplifient le circuit de mon sang
Et le haut-relief de ma raison d’être


Je fais du Mal qui me taraude
Une œuvre d’art


Cavalier Chevalier Seigneur des apparences
Au-delà du danger
Je mets à jour mon corps de gloire
Et suis le Messager de la Bonne Nouvelle


Sous le dernier sabot du dernier cheval-destinée
C’est ma folle raison qui combat la folie
Des humains raisonnables

Dans un espace illustre et inconnu
Et dans un temps pyramidal
Ma mort sera l’apothéose


Un vol d’oiseaux
Triangulaire
Arrive à point nommé
Pour élever mon âme
Au-delà de ma vie


Le Mal universel succombe


Je vais dormir en liberté
Dans les ronciers de mon génie



                                     Michel Lagrange février 2020

.................................................

Un Don Quichotte sculpté par Pierre Mouzat avait inspiré à Michel Lagrange un beau poème que j’ai relu il y a peu. J’étais un peu jaloux… Le poète l'a su. Il s’est donc penché sur mon Quichotte à moi en proie aux Sortilèges sur la Mancha.
Cet Hidalgo inspiré d'une peinture n'est pas un texte didactique ou critique, ce n’est pas un commentaire de plus relatif au triptyque peint en 2015, mais une création parallèle pleine et entière. 

Si je suis tenté d’écrire le mot "illustration" c’est par goût du paradoxe et parce qu’il me plait d’inverser ici la proposition habituelle qui veut que les oeuvres des écrivains soient illustrées par des oeuvres de dessinateurs, peintres ou photographes.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Michel_Lagrange_(po%C3%A8te)

Voir plus de détails du triptyque


Les Sortilèges sur la Mancha   Technique mixte  Triptyque 146 x 301 cm

jeudi 6 juin 2019

Don Quichotte - Une lecture dessinée !

29 mai 2019, vernissage de l'exposition Don Quichotte, du Toboso à Gavarnie

Tarbes, Conservatoire Henri-Duparc.
La "lecture dessinée" était annoncée avec le vernissage.
Le défi ? Illustrer sur scène, sous les yeux du public, les textes (extraits du Don Quichotte de Cervantès) lus par Bruno Spiesser, comédien et directeur artistique du Théâtre Fébus et du Festival de Gavarnie.
Les matériaux utilisés : des feuilles de papier à dessin 100 x 70, une craie noire tendre, une brosse plate et un verre d’eau claire pour délaver la craie et donner l’effet de lavis.
Un exercice minimaliste. Un exercice comparable aux «Mille croquis pour un grand dessein» que nous essayons de renouveler chaque année pour le Téléthon à Périgueux avec la Société des Beaux-Arts du Périgord, en ajoutant ici quelques défis supplémentaires : le sujet imposé, le format imposé, le temps imposé (de 3 à 5 minutes selon les extraits de texte) et des regards imposants ...
--> Manou était chargée du compte-rendu photo.  
Bruno Spiesser, comédien et directeur artistique du Théâtre Fébus et du Festival de Gavarnie.








mercredi 5 juin 2019

Don Quichotte et la République des Pyrénées

Sous le titre "Un avant-goût de Gavarnie au conservatoire Henri-Duparc" la nouvelle République des Pyrénées évoque l'expo Don Quichotte à Tarbes et mon travail sur ce thème.  

Merci à l'anonyme auteur de l'article.
 
"Ce n'est que fin juillet que Don Quichotte combattra les moulins à vent à Gavarnie. Mais le héros de Cervantès occupe, en attendant, les cimaises du conservatoire…
C'était un avant-goût de tout ce que la nouvelle création du Festival de Gavarnie aura de foisonnant auquel on était convié à assister, la semaine dernière, dans les locaux et sur la scène du conservatoire Henri-Duparc. En attendant de découvrir ce que Frédéric Garcès fera du «Don Quichotte» de Cervantès, on pouvait se remémorer la richesse de l'œuvre en suivant les pas des artistes invités à porter leur regard sur le chevalier de la Mancha. 

Claude Brugeilles d'abord, dont les sculptures bien souvent élancées se dégustaient comme autant de créations poétiques, de tentatives d'élévation du héros vers une quête inextinguible, à l'image sans doute de celle de l'artiste, avec l'idéal comme horizon. Composées d'objets en tout genre, les créations de Brugeilles possèdent ce petit air surréaliste qui colle bien à l'âme de Don Quichotte.

On a découvert aussi le magnifique travail de Marcel Nino Pajot, peintre volubile et précis, qui a fait du chevalier à la triste figure un formidable sujet à disséquer. L'œuvre de Cervantès, elle transpire dans chacune de ses toiles, bourrées de références aux différentes aventures du héros de Cervantès, aux inspirations qu'il a engendrées, à la peinture espagnole (Picasso, Goya, guettent dans le coin d'une des plus grandes œuvres), à l'art du portrait (et de l'autoportrait) avec des mises en abyme que n'aurait pas renié Rockwell. Dulcinée (la femme du peintre en l'occurrence) n'est jamais bien loin, les vastes plaines poussiéreuses de la Castille non plus, tandis que le corps décharné de Don Quichotte, tel qu'aurait pu l'être celui de Jean Rochefort si le projet dont il était le cœur était allé à son terme, porte ses rêves de gloire. Très beau travail donc que celui de Marcel Nino Pajot, que les chanceux du soir, venus pour le vernissage, purent découvrir lors d'une lecture dessinée qui n'a pas manqué d'époustoufler. Bruno Spiesser, aux commandes du Festival de Gavarnie, avait choisi de faire lecture de quelques extraits de l'œuvre de Cervantès. Moments succulents, délivrés avec gourmandise et illustrés avec brio en direct par Marcel Nino Pajot, à la craie noire et à l'eau. Tout simplement délicieux et de bonne augure pour un spectacle qui devrait aussi surprendre, cet été, là-haut, au pied de Gavarnie, dans la belle plaine de la Courade qui devrait inspirer bien des aventures à Don Quichotte  .
« Du Toboso à Gavarnie », exposition à voir jusqu'au 29 juin, au conservatoire Henri-Duparc. 
Entrée libre.
Festival de Gavarnie, du 25 juillet au 6 août."

-->